À partir du 1er septembre 2026, MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur ne financera plus les chantiers qui conservent un chauffage au gaz à l’issue des travaux. Cette mesure, annoncée par Sébastien Lecornu dans son plan d’électrification du 23 avril 2026, ferme une porte que beaucoup de bailleurs utilisaient pour rénover leur DPE sans toucher à la chaudière.
L’enjeu pour les investisseurs est de taille : remplacer le chauffage devient impératif pour décrocher l’aide, ce qui change la donne sur le coût et le calendrier des rénovations énergétiques.
À compter du 1er septembre 2026, MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur exclura les projets conservant un chauffage au gaz. Concrètement, vous devrez remplacer votre chaudière par une pompe à chaleur, un raccordement réseau de chaleur ou une chaudière biomasse pour bénéficier de l’aide. Pour un bailleur rénovant un DPE F vers un DPE C, cela représente un investissement supplémentaire de 8 000 à 12 000 € dont une partie est compensée par les aides bonifiées. Les dossiers déposés avant le 1er septembre restent soumis aux règles actuelles.
Ce que change maprimerénov’ rénovation d’ampleur au 1er septembre 2026
La nouvelle règle est simple : si votre projet de rénovation d’ampleur conserve une chaudière à gaz après travaux, vous perdez l’éligibilité à MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur. Jusqu’à présent, l’aide refusait déjà les rénovations qui installaient un chauffage majoritairement fossile, mais elle tolérait le maintien d’une chaudière gaz existante. Cette tolérance disparaît.
L’arrêté précise que la mesure s’applique aux dossiers déposés à partir du 1er septembre 2026. Les demandes complètes envoyées avant cette date conservent les modalités actuelles, ce qui crée une fenêtre de tir pour les bailleurs déjà engagés dans un projet. Les rénovations par geste ne sont pas concernées par cette restriction, seul le parcours d’ampleur (deux gestes minimum, dont l’isolation) est visé.
Date à retenir : 1er septembre 2026. Tout dossier MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur déposé après cette date devra prévoir un chauffage non fossile (pompe à chaleur, biomasse, raccordement à un réseau de chaleur ou solaire thermique).
Pourquoi le gouvernement durcit le ton sur le chauffage fossile
La motivation est budgétaire et géopolitique. Sébastien Lecornu a chiffré le coût des importations d’hydrocarbures à plus de 60 milliards d’euros par an et veut accélérer la sortie du gaz pour réduire l’exposition des ménages aux variations de prix. Le ministère de la Ville et du Logement précise que l’objectif est de « prioriser les projets les plus vertueux pour sortir des énergies fossiles ».
Cette mesure s’inscrit dans un plan d’électrification plus large de 22 mesures, avec un cap clair : 1 million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030. Selon les chiffres du ministère, seules 10 % des rénovations d’ampleur conservaient encore un chauffage fossile, ce qui rend la mesure ciblée mais symbolique. Pour replacer le contexte, nous avons détaillé les autres volets de cette réforme dans notre analyse de la loi relance logement préparée par Lecornu.
Ce que la nouvelle règle vous coûte concrètement comme bailleur
Prenons un cas concret : vous possédez un appartement de 60 m² classé F, chauffé au gaz, que vous louez. Vous voulez le faire passer en classe C pour conserver votre droit de location au-delà de 2028 et améliorer la rentabilité nette. Avant la réforme, vous pouviez isoler le logement (murs + combles), changer les fenêtres et conserver votre chaudière à gaz récente, en touchant jusqu’à 35 000 € d’aides pour un saut de 3 classes énergétiques.
À partir du 1er septembre 2026, ce scénario devient impossible : MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur refuse le dossier tant que le gaz reste en place. Vous devez intégrer une pompe à chaleur air-eau (8 000 à 14 000 € posée), ce qui rallonge le devis mais augmente aussi l’aide perçue. À noter que le passage à la PAC ouvre droit à un bonus sortie de passoire de 10 % et à des CEE supplémentaires, qui couvrent souvent 50 à 60 % du surcoût. Pour structurer le financement, nous avons détaillé les options dans notre dossier sur le crédit dédié aux rénovations énergétiques pour bailleurs.
Attention au calendrier : entre le devis, la demande, l’accord de l’Anah et le démarrage du chantier, plusieurs mois s’écoulent. Si vous visez un dépôt avant le 1er septembre 2026, il faut engager les démarches dès maintenant pour éviter de basculer dans le nouveau régime.
Les solutions de chauffage qui restent éligibles à l’aide
Trois grandes familles d’équipements vous permettent de conserver l’aide après septembre 2026. La pompe à chaleur (air-eau ou géothermique) reste la solution la plus déployée, avec une efficacité énergétique reconnue et un retour sur investissement de 7 à 12 ans selon la zone climatique. Les chaudières biomasse à granulés ou bûches conservent leur éligibilité, sous réserve d’alimentation automatique et d’un bon rendement saisonnier.
Pour les logements situés en zone urbaine dense, le raccordement à un réseau de chaleur (souvent alimenté par de la géothermie, de la biomasse ou de la chaleur fatale industrielle) est une troisième voie. Les chauffe-eau thermodynamiques et le solaire thermique pour la production d’eau chaude sanitaire complètent le panel. La pompe à chaleur air-air reste utile pour gagner des lettres de DPE, même si elle n’est pas éligible à MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur seule.
| Équipement | Coût pose moyen | Aide MPR Ampleur (sortie passoire) | CEE complémentaires |
|---|---|---|---|
| Pompe à chaleur air-eau | 10 000 à 14 000 € | jusqu’à 9 000 € | 3 500 à 5 000 € |
| Chaudière biomasse granulés | 15 000 à 20 000 € | jusqu’à 8 000 € | 3 000 à 4 500 € |
| Raccordement réseau de chaleur | 4 000 à 8 000 € | jusqu’à 6 000 € | 1 500 à 3 000 € |
Les autres dispositifs touchés dans la foulée
La mesure ne se limite pas à MaPrimeRénov’. À partir du 1er janvier 2027, le dispositif eco-PLS, qui finance la rénovation énergétique des bailleurs sociaux, exclura à son tour les maisons individuelles du parc social qui conservent un chauffage au gaz. Pour les bailleurs privés, les CEE (Certificats d’économie d’énergie) restent ouverts mais leurs barèmes sont régulièrement révisés à la baisse pour les solutions fossiles, ce qui rend le calcul de plus en plus défavorable au gaz.
Le mouvement est cohérent avec l’interdiction du chauffage au gaz dans le neuf collectif fin 2026. Pour vos investissements, nous vous conseillons d’anticiper : un bien équipé d’une PAC moderne se loue plus facilement, conserve mieux sa valeur et résiste mieux aux durcissements réglementaires à venir. Les chaudières gaz récentes peuvent encore tourner plusieurs années chez l’occupant, mais elles deviennent un boulet à la revente comme à la location.
Notre conseil : si vous projetez une rénovation d’ampleur sur un bien encore au gaz, lancez le dossier MaPrimeRénov’ avant le 1er septembre 2026 pour profiter des règles actuelles, ou intégrez dès maintenant une pompe à chaleur dans votre devis. Dans les deux cas, l’inertie réglementaire joue contre l’attentisme.