Le projet de loi de finances 2027 déposé le 1er octobre à l’Assemblée nationale fait sortir la pompe à chaleur du parcours par geste de MaPrimeRénov’. L’aide bascule intégralement vers les certificats d’économies d’énergie, avec un budget Anah qui chute de 1 450 à 1 233 millions d’euros. Les bailleurs qui comptaient installer une PAC seule risquent de perdre jusqu’à 5 000 € d’aide publique dès le 1er janvier 2027.
Les bailleurs qui tablaient sur MaPrimeRénov’ pour financer une pompe à chaleur dans leur bien locatif vont devoir revoir leur plan. Le projet de loi de finances pour 2027, annexe « Cohésion des territoires », retire explicitement la PAC du parcours par geste. L’aide passerait intégralement sur les primes CEE, dont le montant n’est plus garanti depuis le 1er janvier 2026.
Nous décortiquons ici les trois éléments qui comptent vraiment : ce que le texte prévoit, combien vous risquez de perdre, quels arbitrages faire avant la fin de l’année.
Ce que le PLF 2027 écrit noir sur blanc
Le projet annexé au budget indique que les « gestes prioritaires de décarbonation, notamment les pompes à chaleur » seront « uniquement financés par les certificats d’économie d’énergie ». Autrement dit, les forfaits MaPrimeRénov’ pour une PAC installée seule disparaissent. L’Anah se recentre sur les rénovations d’ampleur, c’est-à-dire les bouquets de travaux avec audit énergétique et accompagnement d’un Mon Accompagnateur Rénov’.
Les chiffres confirment ce virage. Les crédits de paiement du programme 135 destinés à l’Anah passent de 1 450 millions d’euros en 2026 à 1 233 millions d’euros en 2027, soit 217 millions de moins et une baisse de près de 15 %. Le gouvernement justifie l’écart par le transfert des monogestes vers les CEE et par le recentrage sur les rénovations globales.
La date d’application visée est le 1er janvier 2027 mais le texte doit encore passer par l’Assemblée et le Sénat. Les textes réglementaires de bascule ne sont pas publiés. Rien n’est acté tant que la loi n’est pas votée.
Ce mouvement s’inscrit dans la continuité du décret 822 du 1er septembre 2026 qui a exclu six travaux du parcours par geste. Isolation des combles, poêles à bois, ventilation, solaire thermique : la liste s’est allongée. La PAC serait le prochain monogeste à sortir du dispositif, après la fin des aides au chauffage gaz actée au printemps.
Les montants qui disparaissent, les primes CEE qui prennent le relais
Les forfaits actuels pour une PAC installée seule sont connus et chiffrés. Nous les détaillons pour que vous mesuriez l’ampleur du changement.
Pour une pompe à chaleur air/eau en métropole, les ménages très modestes touchent aujourd’hui 5 000 €, les modestes 4 000 € et les intermédiaires 3 000 €. Les plafonds de dépenses retenues sont de 12 000 € pour une air/eau et de 18 000 € pour une géothermique ou solarothermique, qui ouvre droit à des forfaits bien plus élevés (jusqu’à 11 000 € pour un foyer très modeste).
Après la bascule, seule la prime CEE subsiste. Et c’est là que le bât blesse. Depuis le 1er janvier 2026, les primes CEE n’ont plus de montant minimal réglementaire. Chaque fournisseur d’énergie fixe son offre et les écarts entre acteurs se comptent en milliers d’euros. Le gouvernement estime à 500 à 600 millions d’euros l’économie annuelle réalisée sur le poste MaPrimeRénov’ grâce à cette bascule, ce qui donne une idée du manque à gagner pour les ménages.
Pour un bailleur dont le locataire relève de la catégorie « très modeste », la perte sèche atteint 5 000 € sur une PAC air/eau. Sur une rénovation à 10 000 € pose comprise, cela représente 50 % du budget travaux qui s’évanouit.
Trois arbitrages à faire avant la fin de l’année
Face à ce calendrier serré, trois options s’ouvrent aux bailleurs qui ont une PAC dans leur plan de rénovation. Chacune a son prix et son risque.
Déposer le dossier MaPrimeRénov’ avant le 31 décembre 2026. C’est l’option la plus sûre si vous êtes prêt techniquement. Le dossier doit être complet, avec un artisan RGE sous contrat et un devis signé. L’Anah dispose de 2 ans après la décision pour que les travaux soient achevés (1 an si une avance est versée). Attention, l’accusé de réception ne garantit pas l’aide : l’Anah décide dans la limite de son budget annuel et le guichet peut fermer plus tôt si l’enveloppe est épuisée.
Basculer sur une rénovation d’ampleur. Si vous aviez d’autres travaux en tête (isolation, menuiseries, ventilation), les regrouper en bouquet avec la PAC vous replace dans le parcours accompagné, qui lui reste financé. L’aide peut couvrir jusqu’à 80 % des dépenses, dans la limite de 3 logements par bailleur. L’engagement de location est de 6 ans minimum, avec remboursement d’un sixième par année non louée en cas de rupture. Cette option implique un audit énergétique, un gain minimum de deux classes DPE et un passage obligatoire par un Mon Accompagnateur Rénov’. Prévoir 3 à 6 mois de délai supplémentaire.
Miser sur les primes CEE post-2027. Comparer les offres de plusieurs fournisseurs devient indispensable car les montants varient fortement. Vous pouvez aussi coupler la PAC avec une sortie d’un chauffage fioul, gaz ou charbon et activer le Coup de pouce chauffage, qui offre une bonification spécifique. En revanche, l’absence de visibilité sur les forfaits CEE 2027 rend tout calcul de rentabilité précaire pour l’instant.
Pour ceux qui n’ont pas la trésorerie, un rachat de crédit avec enveloppe travaux peut lisser l’effort sur plusieurs années.
Ce qui reste à préciser dans les semaines qui viennent
Trois incertitudes pèsent encore sur le dossier. Nous les gardons à l’œil parce qu’elles changeront vos calculs.
Le montant exact de la prime CEE qui remplacera MaPrimeRénov’ n’est pas fixé. Les ministères renvoient à de futurs textes réglementaires sans calendrier précis. Les parlementaires peuvent amender le PLF et retoquer la bascule, comme ils l’ont déjà fait pour d’autres monogestes. Enfin, si le budget n’est pas voté avant le 17 décembre, le gouvernement a théoriquement la possibilité de l’appliquer par ordonnance dans sa version Conseil des ministres, ce qui pétrifierait les règles telles que présentées.
Cette réforme s’ajoute à une actualité réglementaire déjà dense pour les bailleurs. Le nouveau DPE européen entrant en vigueur au 1er janvier 2027 rebattra lui aussi les cartes sur les logements classés F et G. La combinaison des deux change la rentabilité des biens à rénover : moins d’aides publiques pour chauffer mais plus de pression sur les étiquettes énergétiques. Les investisseurs qui achètent des passoires thermiques doivent recalculer leur business plan ligne à ligne.
Les travaux déjà payés mais non déposés en dossier d’ici le 31 décembre 2026 risquent de ne jamais être éligibles à aucune aide. Ne lancez aucune installation sans accusé de réception de l’Anah ou validation écrite d’un obligé CEE.
Notre recommandation à ceux qui ont une PAC dans leur plan 2027 : déposez votre dossier dès ce mois-ci si tout est prêt ou intégrez la PAC à un bouquet rénovation d’ampleur. L’attentisme coûte cher dans ce dossier.