Cet immeuble du Vieux Gaillac est proposé 160 000 € par Millenium Immobilier. Sur l’annonce Seloger, le bien est présenté avec quatre lots générateurs de revenus : un local commercial de 18 m² au rez-de-chaussée et trois studios sur les étages. Le prix au mètre carré affiché s’établit à 1 301 €, contre une moyenne ville de 1 653 €/m² pour un appartement. La rentabilité brute Lybox atteint 11,9 % avec un cash-flow mensuel positif de 571 €.
Voilà le pitch. Passons à la lecture réelle du dossier.
Analyse de l’annonce
La description
On commence par la fin d’une annonce, là où se cachent les vrais chiffres. La fiche parle d’un immeuble de 123 m² « proche de toutes les commodités » : rez-de-chaussée occupé par un local commercial de 18 m² avec réserve et cave, studio de 23 m² au premier étage, studio de 23 m² au deuxième, studio de 34 m² au dernier. Le tout vendu 160 000 € avec honoraires à la charge du vendeur. DPE D à 223 kWh/m²/an, GES D. Taxe foncière 1 719 €. Copropriété à quatre lots.
La description est sèche. Aucune mention de l’état intérieur, aucun mot sur des travaux récents ou en cours, aucune indication sur d’éventuels locataires en place ni sur les loyers pratiqués. Sur un immeuble de rapport, l’absence de ces trois informations est déjà un premier signal. Un vendeur qui a un dossier solide met en avant les revenus locatifs actuels. Ici, silence.
Le nombre de lots aussi mérite qu’on s’y arrête. Quatre lots, c’est une copropriété à taille très restreinte. Un ravalement de façade sur cet immeuble facilement 30 000 à 50 000 € à se partager en quatre. Pas la dilution d’une résidence de 80 lots.
Les photos






C’est ici que tout bascule. Façade d’abord : brique et enduit toulousain défraîchi, volets bois à repeindre, une fenêtre du dernier étage béante, un ravalement qui a pris vingt ans dans les dents. RDC commercial fermé par une grille métallique. Le voisin porte l’enseigne à moitié effacée « MENUIS », probable ancienne menuiserie.
À l’intérieur, pas un bien loué à moderniser. Un chantier en cours. Toutes les pièces montrent la même chose : cloisons en placo montées sans ponçage des bandes de joints, enduit intermédiaire visible en larges taches grises sur fond blanc. Sols soit du parquet neuf posé non fini, soit de la chape béton nue. Un radiateur reste dans son emballage, des tréteaux et rails métalliques traînent au sol.
La salle de bains est un cas d’école : plaques de placo hydrofuge vertes visibles sans faïence, bac de douche à l’italienne sans étanchéité finie, WC installé sans réservoir, arrivées d’eau nues le long des murs. La cage d’escalier reprend le même état : bandes de placo en cours, rampe fer forgé ancienne conservée, largeur juste suffisante pour un canapé deux places.
L’annonce dit « immeuble à vendre ». Les photos disent « chantier à reprendre ». Deux propositions commerciales très différentes.
Règle transposable : la description d’une annonce sans mention de travaux ne veut pas dire que le bien est fini. Ce sont les photos qui tranchent, pas le texte. Un bien vendu 21 % en dessous du marché a toujours une raison. Chercher la raison avant de croire au chiffre.
La ville et le quartier
Gaillac est une ville de 16 162 habitants (INSEE 2023) dans le Tarn, à 25 minutes d’Albi et 45 minutes de Toulouse. La démographie progresse régulièrement depuis 1999 (+46 % sur vingt-cinq ans), portée par le desserrement de l’agglomération toulousaine et par le vignoble local. Revenu médian à 20 780 €, chômage à 11,4 %, part locataires à 42 %.
Côté équipements, la ville tient son rang : 20 établissements scolaires dont 4 collèges et 2 lycées, 118 commerces, 221 services, deux gares. Le marché du vin, le tourisme viticole et une position de bourg-centre de canton assurent une activité qui ne dépend pas d’un seul employeur. La rentabilité brute moyenne du marché locatif à Gaillac est estimée à 7,06 % selon Lybox. La fiche marché de Gaillac sur Lybox détaille l’évolution des prix et la répartition par typologie.
Le quartier Vieux Gaillac
L’annonce localise le bien dans le Vieux Gaillac, quartier historique en centre-ville. Données INSEE sur cet IRIS 810990101 sans ambiguïté : 64,9 % d’appartements (contre 29,4 % à l’échelle communale), 80,8 % de locataires. C’est LE quartier tenant du marché locatif gaillacois, avec 53 commerces et 92 services dans un périmètre piéton. Pour placer des studios, l’emplacement est bon.
Le revenu médian du Vieux Gaillac est plus faible (16 780 € vs 20 780 € pour la commune), le chômage plus élevé (16,4 %). Profil classique d’un centre-ville de bourg ancien : forte demande locative avec un pouvoir d’achat des locataires limité. Loyer applicable réaliste : 4 à 4,5 €/m² pour un nu, 4,5 à 5,5 €/m² pour un meublé.
Tensiomètre locatif
Facilité à trouver une location

Budget des locataires

Comprendre le tensiomètre locatif
Le tensiomètre confirme la lecture : facilité à trouver une location à 8/10 (bien tendu, demande supérieure à l’offre), budget locataire à 5/10 (moyen). Un studio de 23 m² correctement fini se remplit rapidement à Gaillac. Attention en revanche à oublier tout loyer parisien : le marché tourne autour de 340 € pour un T1 sec, 440 € pour un T2.
Analyse des chiffres
C’est là que le dossier commence à craquer. L’annonce affiche 11,9 % de rentabilité brute. On va vérifier ce chiffre avec deux hypothèses différentes : d’abord en prenant l’annonce au pied de la lettre (bien louable en l’état), ensuite en intégrant les 30 000 € de travaux visibles sur les photos.
Loyer local commercial (18 m² centre-ville) : 350 €/mois
Loyer studio 23 m² (x2) : 400 €/mois chacun
Loyer studio 34 m² : 500 €/mois
Total loyer mensuel : 1 650 €. Revenus annuels : 19 800 €
Rendement brut = 19 800 / 160 000 = 12,4 %
Cohérent avec l’affichage Lybox.
Sur le papier, le calcul tient. Ce niveau de rentabilité brute est excellent, très au-dessus de la moyenne ville (7,06 %). Le raisonnement s’arrête là si on lit uniquement le texte.
Prix affiché : 160 000 €
Travaux à terminer (placo poncé + peinture + sols finis + salle de bains + cuisines x3 + électricité + chauffage) : 30 000 € minimum
Frais de notaire ancien (~8 %) : 12 800 €
Prix de revient réel : 202 800 €
Revenus annuels une fois loué : 19 800 €
Rendement brut réel = 19 800 / 202 800 = 9,76 %
Le chiffre passe de 12,4 % à 9,76 % dès qu’on intègre les travaux visibles. Reste correct sur le papier avec un écart franc vs la promesse initiale. Reste à parler du rendement net.
Revenus bruts : 19 800 €/an
Taxe foncière : 1 719 €. Assurance PNO : 400 €
Vacance locative (1 mois plein sur 4 lots) : 1 650 €
Entretien courant + provisions copro : 2 500 €
Charges annuelles totales : 6 269 €. Revenus nets : 13 531 €
Rendement net = 13 531 / 202 800 = 6,67 %
6,67 % net avant impôt reste acceptable pour un investisseur qui accepte de gérer un immeuble complet. Ce n’est plus le dossier extraordinaire vendu par le rendement brut affiché. Pour aller plus loin sur ces calculs, le simulateur de rendement locatif Lybox intègre tous ces paramètres. Le calculateur de cash-flow simule la mensualité de crédit sur le prix de revient réel. L’analyse détaillée du bien sur Lybox donne la vision complète avec les paramètres marché.
Un dernier point qui plombe l’ensemble : la différence entre rentabilité affichée et rendement réel. Ici l’écart tient à trois facteurs : les travaux non budgétés, les frais de notaire ancien importants sur un prix bas, une vacance locative crédible sur quatre lots dont un local commercial vide depuis une durée inconnue.
Stratégies possibles
La location nue en revenus fonciers reste la voie la plus simple pour trois studios et un local commercial en centre de bourg. Le régime micro-foncier absorbe l’abattement de 30 % sans complication. Pour un profil qui commence, c’est le montage le moins risqué. Voir la fiche micro-foncier pour les conditions détaillées.
La location meublée LMNP sur les trois studios est aussi une option pour qui accepte de meubler et de tenir une compta simplifiée. Le régime réel LMNP permet d’amortir le bâti, les travaux et le mobilier, ce qui neutralise l’impôt sur les loyers pendant les premières années. Le statut LMNP est cohérent avec des studios en centre-ville de bourg universitaire secondaire au turnover régulier. Attention : il faut alors tout finir en meublé, avec un budget mobilier de 2 500 à 3 000 € par studio.
La colocation ou la location courte durée sont à écarter : studios trop petits pour la première, ville pas assez touristique pour la seconde.
Verdict : achat ou passage de tour ?
Ce dossier illustre le piège du rendement affiché supérieur au marché ville sans explication apparente. Gaillac tourne à 7 % brut moyen. L’annonce en affiche 11,9 %. Le delta ne vient ni d’une négociation possible ni d’un talent du vendeur : il vient d’un chantier à finir dont l’annonce ne dit rien. C’est au lecteur de détecter le point d’ombre en confrontant le texte aux photos.
Pour un investisseur expérimenté avec un budget travaux de 30 000 € en trésorerie et une équipe artisans en place, le bien peut se justifier autour de 145 000 € négociés. Pour tous les autres, la décote apparente est un mirage.
Envie de creuser ? L’analyse complète de ce bien sur Lybox détaille les paramètres marché. L’annonce reste consultable sur Seloger.
Vous cherchez des biens rentables à analyser ? Lybox regroupe les annonces de plus de 1 500 sites immobiliers avec des filtres pensés pour les investisseurs : rendement, cash-flow, tension locative, prix au m² vs marché. Trouvez votre prochain investissement et analysez-le en quelques clics.