L’annonce est publiée par une agence sur Bienici depuis mi-mai 2026. Un immeuble entier à ce prix avec quatre lots déjà loués et un rendement à deux chiffres : c’est le type de dossier qui déclenche un clic d’excitation immédiat. On suit l’annonce du début à la fin comme à la première lecture. L’objectif : voir à quel moment le voyant vert peut basculer.
Analyse de l’annonce
La description
Nous commençons systématiquement par la fin de la description. Pas par sympathie pour l’agent qui a rédigé : parce que c’est là qu’on trouve les chiffres qui décident : loyers, taxe foncière, DPE, composition des lots. Ici, la structure de revenus est écrite noir sur blanc.
Quatre lots composent l’ensemble : un local commercial de 65 m² (3 960 € annuels), un local professionnel de 46 m² (5 880 € annuels), deux T3 loués 400 €/mois chacun. Total : environ 19 440 € par an. Taxe foncière : 1 400 €. Chauffage électrique. DPE D avec 1 500-1 800 € de consommation annuelle estimée. GES B, correct.
Le libellé « revenus immédiats » est le seul argument acceptable au premier degré : l’immeuble est occupé, du cash rentre à J+0. Le reste se vérifie.
Les photos






On a neuf photos, toutes intérieures. C’est le premier point à noter : aucune vue de la façade, ni du hall d’entrée, ni du local commercial de 65 m². Sur un immeuble de rapport, l’état extérieur détermine la nature (et le budget) des travaux de ravalement à prévoir dans les cinq à dix ans. Ce sera la première question à l’agent avant même la visite.
Le local professionnel a été refait : plafond acoustique, sol vinyle neuf imitation béton ciré, murs blancs, spots encastrés, double vitrine, porte récente. Une professionnelle du bien-être l’occupe. Vitrine décorée, aménagement soigné : un locataire pro qui investit dans son cadre est un locataire qui reste.
Les deux T3 ont un charme correct : parquet à chevrons ancien dans un des séjours, menuiseries PVC double vitrage récentes, convecteurs modernes de type panneau rayonnant, salle de bain refaite avec douche à l’italienne. Les cuisines ne sont pas montrées (juste un frigo en second plan). À demander en visite : c’est la pièce la plus chère à remettre à niveau.
Ce qu’on ne voit pas compte autant que ce qu’on voit. Sur un immeuble de rapport, la liste minimale à demander : façade, parties communes, local commercial, chaque cuisine, tableau électrique de chaque lot. Si l’agent ne fournit pas, la visite doit tout couvrir ou l’offre baisse.
La ville et le marché local
Dun-sur-Auron est une petite ville du Cher (18), à 30 km au sud de Bourges. On y compte 3 524 habitants au dernier recensement, pour un revenu médian de 21 460 €. Les commerces de proximité sont là : boulangeries, supérettes, supermarchés, pharmacie, boucherie. Tissu économique d’un chef-lieu de canton rural, sans plus.
Le point qui doit alerter : la démographie. 4 458 habitants en 2011, 3 524 en 2023. Baisse de 21 % en douze ans, stable depuis quinze ans. Un marché locatif dans une commune qui perd de la population est un marché où la vacance grimpe mécaniquement.
Combien de temps pour relouer si un locataire part demain ? Le tensiomètre locatif LocService ne couvre pas les communes de moins de 5 000 habitants. Notre estimation prudente sur ce type de marché : 2 à 4 mois pour un T3 correct, 6 à 12 mois pour un local commercial ou professionnel spécialisé.
Côté prix, l’analyse Lybox situe la médiane commune autour de 1 067 €/m² pour de l’appartement, contre 750 €/m² pour notre bien. Décote de 30 % sur le marché local. La page rendement locatif par ville permet de comparer avec les autres communes du Cher.
Analyse des chiffres
On reprend les chiffres de l’annonce et on les met à plat. C’est là que le dossier se joue.
Le rendement brut à 11,8 % pose la base. Il ne suffit pas : il ignore les charges, la vacance et la fiscalité. Pour savoir si l’opération tient, il faut calculer le rendement net des charges avant impôt.
Rendement net : (19 440 – 5 600) / 165 000 × 100 = 8,4 %. On reste au-dessus du plancher de 7 % net qu’on retient comme limite de sécurité pour un immeuble.
Sur un financement à 100 % sur 20 ans à un taux moyen de marché autour de 3,8 %, la mensualité tourne autour de 1 000 € pour 165 000 € empruntés (hors assurance emprunteur). Face à 1 620 € de loyers mensuels bruts et environ 470 € de charges/vacance mensualisées, le cash-flow avant impôt sort positif d’environ 150 €/mois. Notre simulateur de cash-flow immobilier permet d’affiner ce calcul selon votre apport, votre taux et votre durée réels.
L’estimation Lybox pousse le cash-flow à 660 €/mois. L’écart tient à l’hypothèse de financement et au traitement de la fiscalité. Les deux chiffres se rejoignent sur un point : le dossier s’autofinance largement. Rare à ce niveau de prix.
Ouvrir l’analyse complète sur Lybox permet d’accéder au détail des simulations et du plan de financement type. Le comparatif avec les autres biens du secteur y figure également.
Stratégies possibles
Sur un immeuble de rapport déjà loué, la marge de manœuvre stratégique est réduite. Le bien tourne. Les baux sont en place. Deux options se dessinent concrètement.
1. Location nue en SCI à l’IS. C’est la stratégie la plus adaptée quand on empile plusieurs lots avec un mélange bail commercial et bail d’habitation. La SCI à l’IS permet d’amortir la valeur du bâti (3 à 3,5 % par an), ce qui écrase la base imposable pendant 25 à 30 ans. Sur ce dossier, l’amortissement annuel tourne autour de 4 500 €. Attention à la sortie : la plus-value professionnelle en SCI IS n’est pas exonérée après 22 ans comme en direct. La stratégie de sortie se construit dès l’achat.
2. Location meublée sur les deux T3 (LMNP au réel). Le meublé n’apporte pas de gros surloyer en petite ville rurale (10-15 % supplémentaires). Il permet toutefois d’amortir les biens et de neutraliser fiscalement les revenus pendant 15-20 ans. Il faut reprendre les deux T3 en meublé, ce qui implique le départ des locataires actuels ou une renégociation. Le régime LMNP au réel ne couvre que l’habitation. On mélangerait deux régimes fiscaux : LMNP pour les T3, revenus fonciers ou SCI pour les locaux pros. Complexe à gérer.
Colocation, Airbnb, meublé étudiant : oubliez. Dun-sur-Auron n’a ni pôle universitaire ni flux touristique. Ce sont des stratégies parisiennes qu’on essaie de coller à un dossier rural. Ça ne prend pas.
Le contexte vendeur
L’annonce est parue mi-mai 2026, elle est toujours active à mi-septembre. Quatre mois sur le marché, sans baisse de prix affichée. Ce n’est ni court, ni très long pour un immeuble de rapport en zone rurale (le marché acheteur est de niche). L’agence BARTH est un réseau national de mandataires, ce qui explique probablement la présence sur Bienici et Leboncoin en parallèle.
La question à poser à l’agent : pourquoi le vendeur cède-t-il un bien qui rapporte 19 500 € par an ? Réponses acceptables : arbitrage patrimonial, succession, retraite. Réponses qui doivent alerter : locataires litigieux (impayés, procédure en cours), gros travaux qu’on ne voit pas dans l’annonce, procédure d’urbanisme du côté commercial. Quatre mois sur le marché laissent une marge à la négociation : proposer 150 000 € (soit 9 % de moins) reste crédible.
Sur un immeuble mixte habitation + commerces, exiger les baux en cours (durée, indexation, dépôt de garantie, clauses de sortie) avant de signer un compromis. Le bail commercial 3-6-9 impose des règles très différentes du bail Loi 89 pour l’habitation. Un bail commercial mal ficelé peut coûter cher en indemnité d’éviction le jour où le commerçant part.
Notre notation
Notre grille part du rendement brut et s’ajuste selon les critères qualitatifs. Le rendement brut à 11,8 % pose une base entre 7 et 9. On applique bonus et pénalités.
Bonus : décote de 30 % sur le prix au m² local (+0,5), cash-flow franc positif (+0,5), DPE D compatible avec la location jusqu’en 2034 (+0,5), pas de copropriété donc pas de charges votées surprises (+0,5), immeuble loué à 100 % (+0,5).
Pénalités : ville en déclin démographique de 21 % en 12 ans (-1), aucune photo de façade (-0,5), photos incomplètes du local commercial (-0,5), tensiomètre locatif indisponible (-0,5), risque de vacance long sur les locaux pros (-0,5).
C’est un vrai bon dossier d’immeuble de rapport à moins de 200 000 € avec des chiffres qui tiennent. Le pari pris en signant est celui de la ville de Dun-sur-Auron pour les 15-20 prochaines années. Si vous acceptez de gérer un actif en petite ville rurale du Cher avec la vacance potentielle qui va avec, le dossier est solide. Si vous cherchez la sécurité de flux dans une ville dynamique, celui-ci n’est pas fait pour vous quelle que soit sa rentabilité affichée.
Le rendement brut de 11,8 % ne se voit pas dans une métropole. Il paye le risque territoire : arbitrage rationnel à condition d’entrer dans le dossier en connaissance de cause. Notre article rentabilité vs rendement détaille ce qu’il faut regarder à long terme au-delà du seul pourcentage brut affiché.
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